Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 13:58

Ma chère Monique,

je me permets de te le dire, on a été fort injuste avec notre bon Président. Confronté à une baisse importante des effectifs, il a trouvé une parade tout à fait originale, encore une fois inédite dans l'histoire du Mirail, pour y faire face : il a fait venir des hommes, par compagnies entières, des gars très bien, plutôt athlétiques, parfaitement rasés, propres sur eux, bien habillés aussi, tous en bleu, des gens qui inspirent confiance, manifestement des républicains (ça nous change, entre nous, de ces affreux gauchistes...), avec eux, c'est sûr, on se sent en sécurité. Certains esprits chagrin ont demandé s'ils avaient le niveau requis pour être à l'université ; sans doute, selon moi : n'ont-ils pas la BAC avec eux ?

Certes, l'on ne comprend pas très bien, ma chère Monique, pourquoi ces nouvelles recrues portent tous des boucliers, des casques, des gilets pare-balle, des bottes, des matraques, des pistolets, des fusils...Qu'importe ! Ces gars là ont le goût du dialogue : on les sent prêts à entrer, à la demande, dans des débats passionnés avec les étudiants.

En tout cas, ils ont été bien accueillis par notre direction ; j'ai vu plusieurs fois le président Bis leur faire visiter le campus avec beaucoup d'enthousiasme, il les guidait, leur indiquait les endroits où ils pouvaient stationner, leur désignait des personnes avec qui ils pouvaient faire connaissance ! Quelle haute idée de sa fonction, tout de même ! Et l'on critiquerait des dirigeants qui donnent une image aussi positive de l'université ?

Il n'y a que ma psychanalyste, une vieille copine, pour le faire à sa manière. « Au fond, me dit elle, la boucle est bouclée ; depuis le début, ces « responsables » veulent en découdre avec la jeunesse. Leur seule politique aura été de faire intervenir les forces de l'ordre sur le campus ; ils ne se sont réunis et faits élire que pour briser ce tabou. Rassembler les CRS et Agir avec les CRS autour du Président, tel est, Zizie, leur véritable slogan. A croire qu'ils cherchent désormais une bavure avec les jeunes pour assouvir leur rêve le plus secret. Quand il n'y a plus de conscience au pouvoir, c'est l'inconscient qui dirige... ». Et dire, ma chère Monique, que je paie cher pour entendre de telles billevesées !

Quelques syndicalistes grincheux dressent aussi le bilan de l'épisode Filâtre : une communauté meurtrie, profondément divisée, faisant la part belle aux petits caporaux et aux grands mandarins ; des institutions démocratiques vidées de leur substance ; une équipe présidentielle disqualifiée et un Président ridiculisé dans et par les médias. Le Mirail ? Un champ de ruines et le chant du cygne !

Tout cela est très exagéré, à mon sens, et cette vision outrée est le fait d'odieux « putschistes », pour reprendre le mot pondéré du Président qualifiant les syndicalistes de la FSU. On raconte aussi qu'un membre de la direction de l'UTM a déclaré publiquement, en réponse à des collègues s'inquiétant des risques liés à la présence policière sur le campus, cette phrase mémorable : « Oh ! Vous savez, on vient de perdre 230 personnes dans l'accident de l'A 320, on n'est pas à un mort près » ! Des ragots ! Des médisances ! Cette collègue, si elle avait proféré de telles inepties, aurait bien sûr démissionné sur le champ. Or, à ma connaissance, elle ne l'a fait ; c'est que donc ces propos n'ont pas été tenus...

Comment expliquer alors, ma chère Monique, cette sensation d'avoir touché le fond ? ?

La faillite de l'équipe présidentielle, que plus personne ne conteste, est peut-être due à la conjonction, rare à ce point dans la constellation Mirail, des carriéristes et des vaniteux : les uns occupent ces fonctions en espérant et en attendant mieux, les autres gonflent leur ego en se croyant importants. Dans ce théâtre de la comédie humaine, nous payons le prix de l'individualisme.

Je vois dans ce diagnostic, ma chère Monique, un motif d'espérance : rassemblons-nous au-delà de nos différences partisanes, réunissons-nous autour d'un projet qui ne se résume pas à un vague « plus jamais ça » ; préservons les lombrics du campus des bottes policières et rendons bien vite à leur vacuité tous ces zozos.

 

Ta très belle Zizie

Par FSU-SNESUP.SNASUB Université Toulouse2 Le Mirail
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